La Suisse contribue au génocide palestinien
En 2013, les ministres de la défense de la Suisse et d’Israël signent une convention de collaboration militaire. Depuis lors la Suisse achète et vend des armes et des biens à double usage à Israël. Les deux pays coopèrent aussi dans le développement de systèmes d’armes. Cette collaboration n’a jamais été suspendue. Plus grave, on constate dès 2024, une hausse importante des livraisons de biens à double usage, notamment des composants du drone Hermes 900 utilisé à Gaza.
Entre octobre 2023 et avril 2024, 20 permis d’exportation pour des biens à double usage à destination d’Israël ont été accordés à 17 entreprises suisses. Pour les biens militaires spécifiques, 21 permis d’exportation ont été accordés à 4 entreprises suisses (Pôle enquête de la RTS, 22 août 2024). En 2024, les exportations de biens à double usage (civil et militaire) vers Israël ont atteint un record de 16,7 millions et continué leur progression au premier trimestre 2025 (Myret Zaki, Ces 10 pays qui livrent des armes à Israël, 25 juin 2025).
La Suisse a également participé au développement du drone Hermes 900 et elle en livre des composants (Eidgenössische Finanzkontrolle (EFK) no 18352, 11 juillet 2019). Utilisé à Gaza (Republik, 33 novembre 2025 ; The Palestine Laboratory, p. 80), ce drone est produit par Elbit Systems, principal fabricant d’armes israélien. La Suisse accueille sur son territoire une filiale de cette société – le président de son conseil d’administration étant l’ancien chef d’ArmaSuisse, Jakob Baumann. Elbit Systems Switzerland et l’armée suisse collaborent dans le cadre d’un Network and Digitization Center à Uetendorf (site internet Elbit Systems Switzerland).
Entre 2023 et 2025, on dénombre plus de 600 déplacements en Israël de délégations du secrétariat à l’armement du DDPS et 76 de membres de l’état-major de l’armée suisse (Republik, 3 novembre 2025).
Enfin, en 2025, la Banque Nationale Suisse détenait 85930 actions (USD 38,1 millions) et UBS 168 421 actions (USD 75,7 millions) d’Elbit Systems.
Cela ne me convient pas
JE SOUTIENS VOTRE ACTIONLa Suisse ne respecte pas le droit humanitaire international
La Suisse est le berceau du droit humanitaire international. Même lorsque l’Assemblée générale des Nations Unies a demandé à la Suisse de s’acquitter de ses responsabilités de dépositaire des Conventions de Genève, la Suisse a failli à ses obligations. Lorsque la Commission d’enquête indépendante du conseil des droits de l’homme a constaté le génocide palestinien et appelé tous les Etats à prendre des sanctions contre Israël, la Suisse n’a pas donné suite.
Les Conventions de Genève protègent les civils en cas de conflit armé. Elles interdisent les déplacements forcés de populations, par exemple. Le 18 septembre 2024, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté la résolution ES-10/24 sur les conséquences juridiques de l’avis consultatif de la Cour internationale de Justice (CIJ) concernant les politiques et pratiques d’Israël dans le Territoire palestinien occupé. Dans cette résolution, l’Assemblée générale a demandé à la Suisse, en tant qu’État dépositaire des Conventions de Genève, de convoquer une conférence des Hautes Parties contractantes à la quatrième Convention de Genève relative à la protection des civils en temps de guerre, afin d’examiner les mesures à prendre pour faire appliquer la Convention dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est. Cette réunion devait être tenue dans les six mois suivant l’adoption de la résolution. Le 6 mars 2025, la Suisse a fait savoir qu’elle renonçait à la convocation de la conférence.
La Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide impose à tous les Etats de prendre des mesures tendant à dissuader un Etat suspecté de préparer et ou de commettre un génocide. Le 19 juillet 2019, la Cour Internationale de Justice (CIJ) a recommandé à tous les Etats membres des Nations Unies “d’employer tous les moyens raisonnablement à leur disposition pour empêcher la commission d’un génocide dans la bande de Gaza”, et notamment de “cesser le transfert d’armes et d’autres équipements ou articles vers Israël” (Avis consultatif de la CIJ du 19 juillet 2024, paragraphes 272-279). Le 16 septembre 2025, la Commission d’enquête indépendante du Conseil des droits de l’homme sur le Territoire palestinien occupé a rappelé que les Etats doivent employer tous les moyens raisonnablement à disposition, cesser le transfert d’armes et autres équipements et prendre des sanctions. La Suisse a ignoré ces injonctions.
Cela ne me convient pas
JE SOUTIENS VOTRE ACTIONLa responsabilité d’Ignazio Cassis
M. Ignazio Cassis aurait dû préconiser toutes les mesures possibles à sa disposition pour empêcher la perpétration de tels crimes et, à tout le moins, pour ne pas faciliter de quelque manière que ce soit la perpétration de ces crimes. Il ne l’a pas fait.
En sa qualité de chef du Département des Affaires Étrangères (DFAE) de la Suisse, M. Cassis se devait de rappeler au Conseil fédéral et à l’Assemblée fédérale les obligations de notre pays en sa qualité d’Etat signataire et dépositaire des Conventions de Genève et en sa qualité de signataire de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide.
« Le ministre des affaires étrangères, Ignazio Cassis, est-il devenu le ministre étranger aux affaires? La formule a du succès à Berne depuis quelque temps. » 2 juin 2025, lematin.ch
Il a lui-même été rappelé à ces obligations par :
27 mai 2025 – Amnesty International Suisse, Voix juive pour la démocratie et la justice en Israël/Palestine, Swiss Humanity Initiative et Palestine Solidarity Switzerland constatent que la situation humanitaire à Gaza est catastrophique et qu’elle continue de se détériorer. Les anciennes conseillères fédérales Ruth Dreifuss et Micheline Calmy-Rey font partie des signataires de la lettre ouverte.
Responsabilité de la Suisse pour la protection du droit international à Gaza : appel urgent
11 mai 2025 – « Outrés par la gravité des violations du droit international (…) et inquiets de la passivité de la Suisse, nous, les
professeures et professeurs de droit international public et pénal des universités suisses (…) rappelons au Conseil fédéral que la Suisse a des obligations
de droit international qu’elle doit impérativement respecter. Si elle ne le fait pas, elle encourt une
responsabilité internationale et de potentielles procédures judiciaires.«
Lettre ouverte de 31 professeures et professeurs de droit international public et pénal
31 mai 2025 – Lettre ouverte d’anciens diplomates suisses
À notre connaissance, le texte intégral de la lettre n’a pas été rendu public.
5 juin 2025 – 250 fonctionnaires du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) ont écrit à leur chef, M. Ignazio Cassis pour rappeller leur patron à l’ordre : « en tant que collaboratrices et collaborateurs du DFAE, […] nous vous encourageons […] à condamner fermement les opérations indiscriminées et disproportionnées […], et à prendre les mesures appropriées pour inciter Israël à respecter ses obligations ».
À notre connaissance, le texte intégral de la lettre n’a pas été rendu public.
RTS – La position d’Ignazio Cassis sur Gaza crée le malaise jusqu’au sein du DFAE
M. Cassis a ignoré ces appels. Et chaque fois qu’il s’est exprimé sur la situation en Palestine, il a repris des éléments de langage du gouvernement israélien, et notamment du premier ministre d’Israël, même après qu’un mandat d’arrêt a été émis contre ce dernier par la Cour Pénale Internationale. Tout s’est passé comme si M. Cassis était encore vice-président du groupe d’amitié Suisse-Israël, dont le but est de “représenter les positions israéliennes dans les domaines de la politique, de l’économie, de la société et de la culture”.